Art, Eros et Sexualité - L'obsession de la femme et l'érotisme dans le mouvement surréaliste : peintures et dessins (suite inattendue) :

Qui eût dit que, m'étant retirée de la vie active à quelques encâblures de Royan en Charente Maritime et bien éloignée désormais de l'agitation parisienne, j'aurais été mise en contact avec l'oeuvre d'une artiste peintre, vivant encore à Royan à l'âge respectable de 93 ans, qui a participé au mouvement surréaliste, dans son obsession de la femme et de l'érotisme, partagé son inspiration onirique et côtoyé André Breton ?

«Vous êtes une surréaliste non orthodoxe ! » Le compliment - car c'en est un - vient d'André Breton et s'adresse à Colette Enard, peintre bordelaise originaire de la région royannaise. Nous sommes dans les années 1963-1964.

Colette Enard, peintre charentaise dont les œuvres au milieu du 20ème siècle commencent à intéresser le microcosme artistique régional, devient amie avec le peintre surréaliste bordelais Pierre Molinier (un article lui est consacré ici sur mon ancien blog et sur ce blog, suivi d'articles présentant une approche globale du mouvement surréaliste dans la peinture), et elle rencontre enfin André Breton, cette figure emblématique du surréalisme en France, pour lui présenter quelques-unes de ses toiles.

Des toiles qui vont étonner l'auteur de « Nadja », non par leur thème mais plutôt par la technique de l'artiste qui utilise une peinture à l'huile très épaisse donnant un relief à ses œuvres.

Quel extraordinaire évènement : Colette Enard, née en 1918 et qui vit aujourd'hui à Royan, voit au Musée de Royan une exposition consacrée à l'ensemble de son œuvre, une œuvre éclectique, surréaliste et figurative, commencée au début des années 1950 pour s'achever en 1964.

C'est une rétrospective complète qui est proposée au visiteur.

Ayant toujours voulu être peintre, elle suit la formation de l'École des Beaux-Arts de Bordeaux puis se rend à Paris qu'elle quitte pendant la guerre. Elle peint alors de nombreux portraits et réalise quelques commandes.

Dans les années 50, elle part en Australie qui demande alors beaucoup d'émigrants. Ce voyage sera incompris. A la suite de traumatismes familiaux, elle subit les séquelles d'essais thérapeutiques encore tâtonnants et se sent psychologiquement diminuée.

La peinture lui permet de refaire surface. Elle expose à Royan, chez son ami céramiste Cécile Midas, puis partout en France et à l'étranger.

On commence cet itinéraire artistique par le commencement. Par des huiles sur toiles des années 1930 et 1940 : des œuvres de jeunesse figuratives, bien structurées, dans lesquelles on sent la forte personnalité de cette jeune femme qui vient de terminer les Beaux-arts de Paris après ceux de Bordeaux.

Ses portraits académiques sont sombres, un peu mélancoliques et signés Enard Perez, son nom de femme mariée.

Elle change radicalement de style au début des années 50 : gouaches noires sur papier blanc pour des ébauches surréalistes où l'on devine derrière une évidente rupture, des idées sombres nées à la suite d'événements familiaux que l'on suppose vécus comme des tragédies.

« Deux coeurs à l'oiseau et à la pendule » :

Deux coeurs a l oiseau et a la pendule

Certaines de ces gouaches sont reprises en huiles sur toile. Transparaissent l'enfermement, l'oppression mais aussi la réflexion sur le corps, qu'il soit humain ou animal. Des insectes semblent hanter son travail.

Arrivent, ensuite et enfin, comme un rayon de soleil, les couleurs arrivent enfin dans une peinture plus apaisée de la fin des années 50, comme « Rencontres» :

Rencontres

puis des portraits de femmes ...

« Sainte-Agathe » où les seins coupés sont remplacés par des citrons, selon la légende du martyre de cette sainte :

Ste Agathe

« La femme cactus » :

Femme Cactus

« La femme bleue » :

Femme bleue

« L'accouchement » :

Accouchement

« La robe » :

La Robe

« Voir ailleurs » :

Voir Ailleurs

« Dames prenant le thé » :

Dames prenant le the

Puis ce sont des évocations :

« Le psychiatre aux électrodes » :

Psychiatre aux electrodes

« Mithridate » :

Mithridate« Polichinelle » :

Polichinelle

et des animaux hybrides mystérieux, des natures mortes, construits avec une peinture épaisse qui donnent ce relief si particulier à la toile sans alourdir le trait.

Faute de moyens, Colette Enard posera définitivement ses pinceaux en 1964 pour se consacrer à la tapisserie à l'aiguille. Mais avant, elle va peindre une impressionnante série d'oiseaux morts, des paysages tourmentés, des femmes sirènes et des fleurs exotiques. « Toute sa vie d'artiste, Colette Enard a souffert d'un manque de renom », indique Claire Pépin, commissaire de l'exposition.

Cette exposition est une réponse à cette injustice.

Le vernissage est prévu pour le lundi 24 octobre, à 17 h 30, en présence de Colette Enard, au Musée de Royan, 31 avenue de Paris. Téléphone : 05 46 38 85 96.

J'y étais et j'ai pu saluer Colette Enard, lui faire part de ma reconnaissance pour ses oeuvres et obtenir en retour ce carton dédicacé :

Musee-RectoVerso

Bonne visite, virtuelle ou ... réelle (dans ce cas, venez me faire un coucou !),

Sophya.