Être le fils d’un père instituteur exigeant et d’une mère italienne possessive, fut-ce le creuset d’un tempérament docile qui m’a conduit vers le monde du BDSM d'une part, et de la transgression des sens et des genres d'autre part, dans l'expression artistique pour laquelle j'ai eu une attirance dès mon enfance ?

Le dessin et les formes qui se superposent, la sexualité qui se libère et les corps qui s’expriment (j’aime beaucoup les spectacles de danse, notamment la danse dite « contemporaine ») rejoignent alors cette autre attirance pour l’abandon de mon corps et de mon libre-arbitre à mes partenaires, dont j'ai été la soumise attitrée et qui m’ont permis de découvrir le monde BDSM (1).

(1) Je parle ici de Sophya, non seulement transgenre artiste dessinatrice, mais aussi libertine et amatrice de situations et d"épreuves de domination/soumission comme soumise.

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Forte de la rencontre de ces diverses influences, ma démarche de création artistique s’est ainsi centrée sur le dessin humoristique, avec un trait rapide, volontairement non léché, où je cherche dans un thème, ici le BDSM ou le libertinage, ce qui peut guider une vision décalée de la réalité : y trouver des sujets pouvant être traités avec humour, mais à condition d'en déplacer totalement le contexte, les personnages et la situation mis en scène dans le dessin.

Un exemple de déplacement sur le BDSM :                                      Un exemple de déplacement sur le libertinage :

(cliquez sur chaque image pour obtenir le dessin correspondant en plein écran)

 

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A ce titre, le BDSM n'a aucune raison d'être moins sujet à humour, ironie et dérision que tout autre thème de société.

Ce « déplacement » est le ressort fondamental et indispensable de mon inspiration et vous découvrirez, sans surprise, que ces contextes, personnages et situations font appel aux "fondamentaux" de la question humaine, que sont entre autres :

- le pouvoir, et ses déclinaisons que sont l'organisation sociale, la hiérarchie, la liberté, les conflits sociaux, mais aussi la guerre ...,

- le sexe avec les relations et équilibres/déséquilibres homme-femme, ses "débordements», ses «transports" et ses interrogations ...,

- l'origine et la destinée de l' "homme-être humain", la transcendance du sens de la vie et de la mort, du bonheur, de l'amour, du progrès, ...et enfin …

- … la seule réponse que l’homme a trouvée, faute de certitudes sur ces aspects transcendentaux, la foi en un monde idéal, sinon meilleur, que cette foi soit agnostique, athéiste, monothéiste ou panthéiste.

Face à ces questions cruciales de la vie, le comportement humain révèle les tensions qui pèsent sur notre inconscient individuel et collectif, et ce n’est pas un hasard si un dessin sur le BDSM  peut aussi être décliné comme étant une « Bande Dessinée de la Société et des Mœurs » !

C’est ainsi que même la religion chrétienne (2) peut-être le "prétexte" de dessins touchant au BDSM (le rapprochement n'est-il pas en lui-même déjà transgressif, quand on pense à l'agitation qu'ont provoquées les caricatures de Mahomet ...).

(2) Ce qui va sans dire va mieux en le disant : en utilisant la religion chrétienne ou musulmane comme "levier" de cette transposition humoristique, je ne cherche pas à me moquer de la foi religieuse, que je considère tout à fait respectable en tant qu'attitude de l' "homme-être humain", et je n'ai par conséquent aucunement l'intention de blesser celles et ceux qui croient en un Dieu, fût-il ici chrétien, ailleurs musulman ou autre ...

Dessins avec un déplacement ayant trait à la religion chrétienne :

(cliquez sur chaque image pour obtenir le dessin correspondant en plein écran)

 

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Dessins avec un déplacement ayant trait à la religion musulmane :

(cliquez sur chaque image pour obtenir le dessin correspondant en plein écran)

 

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Je ne me fais pas d'illusion sur l'intolérance de ceux qui n'ont pas compris que la foi doit garder, dans la vie de la société, une place certes respectée, mais jamais supérieure aux valeurs d'humanité et du "vivre ensemble" ... et pourtant :

 

Satire et droit à l’humour, un si long combat judiciaire :

Les caricatures de Mahomet et "Je suis Charlie"

Une dizaine de ­pages, celles du jugement rendu le 22 mars 2007 par la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris dans l’affaire des caricatures de Mahomet, constituent une magistrale leçon d’instruction civique. Ce texte mériterait d’être affiché, étudié, débattu dans toutes les écoles de France, aux côtés de la Déclaration des droits de l’homme et du ­citoyen de 1789.

Il s'ouvre sur ce rappel solennel : « Attendu qu’en France, ­société laïque et pluraliste, le respect de toutes les croyances va de pair avec la liberté de critiquer les religions quelles qu’elles soient et avec celle de représenter des sujets ou objets de vénération religieuse ; que le blasphème, qui outrage la divinité ou la religion, n’y est pas réprimé (…)  ». Elles concluent : « Attendu que Charlie Hebdo est un journal satirique, contenant de nombreuses caricatures, que nul n’est obligé d’acheter ou de lire (…) ; que toute caricature s’analyse en un portrait qui s’affranchit du bon goût pour remplir une fonction parodique (…) ; que le genre littéraire de la caricature, bien que délibérément provocant, participe à ce titr

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

e à la liberté d’expression et de communication des pensées et des opinions (…) ; qu’ainsi, en dépit du caractère choquant, voire blessant, de cette caricature pour la sensibilité des musulmans, le contexte et les circonstances de sa publication dans le journal Charlie Hebdo apparaissent exclusifs de toute volonté délibérée d’offenser directement et gratuitement l’ensemble des musulmans ; que les limites admissibles de la liberté d’expression n’ont donc pas été dépassées. »

Le journal Charlie Hebdo, qui était poursuivi pour « injures publiques envers un groupe de personnes en raison de sa religion » par deux associations musulmanes, est donc relaxé, jugement confirmé un an plus tard par la cour d’appel de Paris.

Que celles et ceux des catholiques et islamistes, qui tiennent à leurs intégrismes, se le disent !