En vacances linguistiques à Ratisbonne (Bavière) alors que j'avais 18 ans et étais un "adolescent garçon", j'avais fait connaissance de I. et C., 2 jeunes filles résidant dans le même quartier que moi. C'est le hasard qui a fait que, demandant à la personne qui m'hébergeait à Ratisbonne si elle connaissait des jeunes dans son quartier, ce soit 2 jeunes filles que j'ai rencontrées.

I. dont je vais parler maintenant était en vacances chez son amie C. et résidait alors à Bonn, où je l'avais revue à 2 reprises, à l'âge de 22 ans d'abord quand j'étais encore étudiant, puis à 25 ans démarrant ma vie professionnelle.

Je l'avais revue à Berlin, où elle réside maintenant, et elle avait fait la connaissance de mon épouse D.

 

Jusqu'à ce jour, j'ai toujours gardé le contact avec I., par correspondance en échangeant de nombreuses lettres où la nature de nos sentiments l'un envers l'autre restait ambigüe, restant amicale dans les termes sans savoir si s'y glissait en silence une inclination plus tendre, du moins dans notre période adolescente.

Comme je l'ai fait avec quelques ami-e-s, B., Da., M. et J., (cf. les articles en ralatant les circonstances et leurs réaction édités sur ce blog), j'ai décidé d'évoquer avec cette amie allemande, I., ma transidentité, son lent cheminement, sa révélation auprès de D., mon épouse et son expression actuelle, avec la difficulté de m'exprimer en allemand sur un sujet où, même en français, le monde "T" a parfois du mal à mettre des mots sur sa condition transgenre.


J'avais auparavant demandé à I. si je pouvais lui faire part d'éléments très personnels et intimes me concernant. I. m'avait donné son accord de principe.

I. vient de me répondre, et je vous livre son témoignage :

Cher R. (c'est mon prénom masculin "biologique" !),

Ton nouveau message m'a beaucoup surprise. Je m'imaginais bien, certes (N.D.L.R. : au vu des précautions que tu avais prises avant de te confier à moi), que tu voulais raconter quelque chose d'extraordinaire sur toi-même, mais à cela, je ne m'y attendais pas.

Je te remercie de ta confiance et de ta franchise.

J'ai fait la connaissance de toi comme homme, de façon très amicale et avais apprécié que tu n'as jamais particulièrement souligné ton rôle comme homme. J'avais admiré comment tu avais seul élevé longtemps ton premier fils.

Mais je n'ai jamais senti ton désir d'être aussi une femme, j'avais l'impression, ton identité personnelle est relativement indépendante de la définition sexuelle.
Je dois seulement encore m'habituer à la nouvelle perspective. Je trouve que tu parais bien comme femme et apportes beaucoup de soin à ta présentation.

Comme homme, tu semblais, c’est mon impression, être plutôt indifférent des apparences.

Que cela ait été lourd pour ton épouse D. d'accompagner ce chemin, je me l’imagine fort bien. Mais c'est d'autant mieux puisqu'elle peut vivre maintenant avec cela.


Pour moi, tu es naturellement encore R. et cela m'est égal, si c'est dans la version féminine ou masculine. Je devrais seulement m'habituer aussi à un autre prénom pour toi.

Des noms ne sont pas importants naturellement.

Voulais-tu exprimer tu par le choix de Sophya quelque chose de déterminé ?

Je fais justement un cahier au sujet du féminisme. Là la question sur la détermination par l'appartenance de sexe joue un rôle assez grand. Et nous parlons ici dans notre travail de formation beaucoup des identités et de ses empreintes.

Il y a d'ailleurs un sociologue qui a travaillé au concept de la "masculinité hégémoniale" (Raewyn Connell) et se s’est soumis quelques années avant même à un changement de sexe. Mais tu ne projettes cela pas, mais tu veux vivre évidemment les deux rôles.

 (…)

Mais chaque personne a justement une diversité des identités, et il est clair que nous avons, aujourd'hui plus qu'avant, la liberté de jouer avec celles-ci. Mais qu'on doive cependant traiter cela de façon pragmatique et réaliste, je le crois aussi. Ainsi, je comprends bien ta prudence, toi à l'égard des voisins dans ta commune "à faire un coming-out".

Je t'envoie mon cahier comme le fichier en PDF, quand il sera prêt.
Seulement donc bonne chance et beaucoup de bonheur, très amicalement à toi et à D.,

I.
 
                                                                                               *****

Il est, je crois, inutile que je précise combien j'ai été heureuse de recevoir de I. sa réaction si compréhensive, et même proactive.

Sophya.