Art, Eros et Sexualité - L'obsession de la femme et l'érotisme dans le mouvement surréaliste : peintures et dessins (2ème suite inattendue) :

Après ma 1ère surprise en découvrant à Royan, ma nouvelle et attachante région d’adoption, une artiste peintre, Colette ENARD, qui a contribué, par ses œuvres, au mouvement surréaliste (voir l’article que j’ai édité sur ce blog : http://sophya.canalblog.com/archives/2011/10/19/24928114.html) et qui les a exposées au Musée de Royan, voilà une 2ème surprise que m’apporte encore une fois une exposition au Musée de Royan, intitulée «L’imaginaire MARSAUDON» !

C’est vraiment une aubaine pour moi qui ai eu le coup de foudre pour le mouvement pictural surréaliste : né à Royan en 1933, Nadu MARSAUDON est un artiste inspiré entre autres par le surréalisme, parallèlement à son attrait pour l'écriture automatique et pour les cultures des pays qu'il découvre lors de nombreux voyages.

Graphiste, peintre et dessinateur accompli, il réalise logotypes, affiches et maquettes pour l'entreprise, en parallèle de son abondante production artistique ; il est également réputé pour son travail d'architecte, décorateur et scénographe.

Il a profondément marqué la région et les esprits par ses créations, son talent, sa sensibilité et sa simplicité.

Sainte Thérèse de l'enfant Jésus - Cathédrale de Royan

SteTherese EgliseNotreDame Royan-Sculpture

 

Nadu Marsaudon fait partie de «Expo 5», un collectif d'artistes de Charente-Maritime, auquel participe d’ailleurs Colette ENARD, et qui décidèrent d'exposer ensemble à partir de 1963.

Expo 5 est un collectif d'artistes de la Charente-Maritime, qui sont avant tout des amis. C'est à partir de 1963 qu'ils décident d'exposer tous ensemble, sous le nom d'Expo 5.

Chacun possède sa propre technique et sa créativité, mais tous ont en commun une motivation artistique et de fortes affinités esthétiques. Ils ont présenté leur travail au Festival d'Art Contemporain de Royan entre 1964 et 1968. À partir de 1968, le groupe se met en veille. Une exposition de retrouvailles a lieu en 1973 à Royan, organisée par l'Association "Pour une Maison de la Culture" (APMC), alors présidée par l'un des membres, André Tardy. C'est aujourd'hui avec plaisir que nous retrouvons Expo 5 au Musée de Royan, pour un événement qui rend hommage à ces cinq artistes marquants de la scène culturelle régionale, dont Colette Enard, artiste royannaise, peintre et maintenant Maître Artisan Tapissier.

Au-delà de cette production commerciale, Nadu Marsaudon réalise une œuvre foisonnante proche des mouvements d'avant-garde tels que le dadaïsme et le surréalisme. Des collages au dessin, cette production polymorphe et ambitieuse résonne chez le spectateur et le plonge dans l'univers unique d'un artiste remarquable.

Surréalisme et surnaturel

En entrant dans l'atelier, les piles de dessins, de peintures, de sculptures et de «poèmes objets à fonction symbolique» envahissent la pièce. Un mélange des genres qui sied parfaitement au personnage et à ses goûts artistiques.

«J'ai découvert le surréalisme quand je suis parti faire mes études à Paris. çela été une révélation. Et comme je suis un peu déglingué de nature …».

Un hommage à Dada, mouvement de révolte des années 1900 et dans le lit duquel s'inspira et se développa le mouvement surréaliste :

Dada

 

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Ce fervent admirateur d'André Breton - il a presque acheté la maison de l'écrivain à Saint-Cirq-Lapopie dans le Lot - s'est «faufilé dans le surréalisme».

Très pudique sur lui et ses œuvres, il n'aime pas vraiment les montrer ou, du moins, qu'on le regarde travailler. «Ce qui m'intéresse, c'est de faire mes œuvres. Après, peu importe ce qui se passe.»

Autre penchant de Nadu Marsaudon, le surnaturel. Ce domaine l'attire et l'inspire. C'est aussi pour lui une façon de montrer «l'absurdité du monde.»

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La grande marchande d'allumettes :

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Son exposition au Musée municipal de Royan, il l'appréhende un peu.

«Je ne suis pas à la recherche d'une gloire notoire. J'ai une trouille monstre, ça m'angoisse.» L'imaginaire, titre de l'exposition, s'est ouverte vendredi pour six mois.

Cette figure iconoclaste mais très respectée à Royan emprunte son surnom à un mot de l’indien Chippewa :

Nadouesiou, qui signifie l’étrangleur, le coupe-gorge. Il laisse une empreinte forte sur le paysage royannais en réalisant des décors du Palais des Congrès, de la piscine de Foncillon ou encore de la boîte de nuit Le Rancho.

Du logo au rocher des flamands roses en passant par l’espace des gorilles, Nadu Marsaudon travaille en tant que décorateur au zoo de la Palmyre pendant plusieurs dizaines d’années.

Ces décors sont empreints d’influences multiples : fresques égyptiennes, sculptures africaines … ils donnent une envergure particulière à ce haut lieu touristique.

Cette création est inspirée de nombreux périples qui ponctuent la vie de l’artiste.

Voyages culturels en Europe : Rome, Venise, Istanbul, Prague… où il se ressource auprès des œuvres des grands maîtres, voyages en Inde où il puise ses modèles féminins aux corps voluptueux ; mais aussi voyages humanistes tel ce voyage aux Saintes-Maries-de-la-Mer auprès des gitans lors de leur pèlerinage annuel, et encore aux Antilles ou en Mongolie.

Des carnets de voyages d’une immense richesse artistique retracent le parcours atypique d’un personnage haut en couleurs.

Dès les années 1950, il réalise des centaines d’affiches pour les commerces royannais tels que le restaurant le Tiki, la parfumerie Servit ou encore le magasin de vêtements Adam.

Exposer ses créations a pour objectif de faire appel à la mémoire collective et de mettre en perspective ces créations avec l’histoire du graphisme et de la publicité en France. Au-delà de cette production commerciale, Nadu Marsaudon réalise une œuvre foisonnante qui emprunte ses sources dans les mouvements d’avant-garde tels que le dadaïsme et le surréalisme. Des collages au dessin, cette création polymorphe, ambitieuse et foisonnante résonne chez le spectateur et le plonge dans l’univers unique d’un artiste de premier plan.

Histoire d'un tableau, histoire des Yakoutes                   

La réalité

J'étais un petit, très petit enfant lorsque je vins la première fois en ce lieu avec ma tante chérie. Jeanne, la sœur de ma mère, m'adorait comme son propre fils. Elle était couturière et un jour d'essayage à domicile, elle m'amena avec elle. C'est ainsi que je découvris cette extraordinaire atmosphère lumineuse et colorée, chaude et silencieuse, luxueuse à l'excès.
Ce qui m'impressionna lors de ces visites, et ce pourquoi j'en garde un souvenir intime, fut ces grandes plantes vertes au graphisme retombant, tellement belles et nostalgiques. Et aussi les grands canapés rouges sur lesquels des dames alanguies semblaient rêver tout en fumant de très longues cigarettes.

Nous revînmes plusieurs fois finir les essayages des robes de ces dames, ma tante à genoux devant elles, la pelote d'épingles au bras, arrondissait à la perfection le bas de robe ou l'ajustage de la manche. Moi, assis sur l'un des canapés, entre deux dames, gavé de bonbons et de pâtisseries, j'étais adulé et câliné en attendant que tante Jeanne achevasse son travail. Le nom de cette villa m'intriguait un peu aussi ... «Le clair de lune».

Le rêve

Je suis avec ma tante Jeanne, de la Plage de Foncillon en montant l'avenue de Pontaillac, très précisément au n°30. Un immeuble épargné par le bombardement se détache, étrange, dans un environnement de ruines. Je franchis le seuil presqu'en automate. Rapidement et sans réflexion j'entre dans cette demeure singulière où l'atmosphère ouatée et claire apaise ma nervosité.

Une immense étendue sans relief, blanche de neige, ensoleillée et froide, s'étale jusqu'à l'infini.

J'avance comme à tâtons dans ce désert hallucinatoire et ces images chaotiques indifférenciées, si foisonnantes qu'aujourd'hui encore il est difficile d'en démêler les écheveaux. Le vent brusquement chasse la blancheur du ciel, et là, tels des dolmens mirifiques, trois femmes empruntées aux mythes me toisent de leur arrogance intraduisible.

Inertes, hiératiques, terriblement secrètes et soumises.

Elles exhibent avec ostentation leur féline appartenance à la fornication (je suis dans le piège des croyances, envoûté par des nymphes nyctalopes).

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Bref ! à la lisière périphérique de l'infini ... trois Yakoutes ...


(Ce nom m'est donné par la Léna, qui est un fleuve langoureux, et par le paradis septentrional, situé dans ces hautes toundras de glace, que les Tibétains appellent le Shambala).

Trois Yakoutes, dis-je, dont les noms s'épellent avec des notes de musique. Immenses et odorantes, semblables à des courtisanes bègues, nues, à moitié nues, et parées de bijoux inspirés par la salive.


Le texte ci-dessus est la transcription émotive d'un souvenir d'enfance réel et d'un autre souvenir rêvé lui faisant suite. Les deux souvenirs furent séparés de plusieurs années.

Le tableau reproduit ici illustre ce souvenir rêvé d'il y a très longtemps, et le fait que le rêve peut-être plus important que la vie même.