Histoire en 2 temps :

1. Coming out de Sophya : une nouvelle avancée, difficile à décider, mais combien encourageante et rassurante !

J'écrivais dans un article précédent, que, de mes relations amicales, seulEs les amiEs que j'ai connuEs en tant que Sophya savent ma double identité ... ou ma trans-identité si l'on veut !

Par contre, les amiEs "d'avant", qui le sont devenuEs alors que je n'étais à leurs yeux que "homme", ne savaient rien ... et je sais, comme bien de mes consoeurs, combien de fois nous sommes confrontées à ces questions lancinantes :

"Comment leur annoncer ma transidentité ?"

"Est-ce bien nécessaire de le dire à mes amiEs de longue date ? Ne vais-je pas gâcher une amitié si bien ancrée ?"

Scénario d'un coming out :

Suite à une idée de mon épouse D. que j'apparaisse en femme bigoudène à une fête où 2 amies femmes vont se pacser, j'avais besoin d'une jupe longue ... et l'amie B. à laquelle j'avais pensé m'en a proposé une.

B., avec son compagnon J., sont des amis de très longue date, avec qui je suis liée d'une très profonde amitié ... datant de 39 années, à une période où Sophya ne se doutait pas qu'elle existait ..., et avec qui j'ai partagé des moments totalement éloignés dans leur esprit de mon aventure transidentitaire.

Allant la chercher chez ce couple, j'ai pensé que la situation, et la raison de mon besoin de jupe, était de nature à aborder ... l'existence de Sophya !

L'initiative m'a paru d'autant plus propice que j'avais rassuré cette amie B., qui, tenant à cette jupe qu'elle gardait pour des soirées de cérémonie, avait accepté de me la prêter après que je lui eus promis que je l'enlèverais rapidement ...

... et j'avais donc rassuré cette amie, en lui promettant que je me changerais rapidement après avoir fait mon entrée en bigoudène :

Il suffisait ainsi de dire à cette amie que, étant Sophya, j'aurais facilement des tenues de rechange !

Aujourd'hui j'ai sauté le pas ... Qu'est-ce qui m'y a décidé ?

Je suis venue chez ce couple, avec une photo en gros plan de Sophya, et dès mon entrée, j'ai annoncé :"Vous allez faire connaissance avec Sophya ...", en leur montrant cette photo, où mon ami ne m'a pas du tout reconnu(e) !

Dois-je dire que J. et moi, avons travaillé dans la même entreprise pendant 18 ans, dont 12 dans le même bureau ... et que, de plus, nous nous sommes régulièrement revus depuis 39 ans.

Quelques questions sur mon "itinéraire", des remarques fort judicieuses et pleines de bon sens de la part de B. sur la façon dont j'assumais cette pulsion intérieure, en l'extériorisant en affirmant Sophya dans la vie courante (certes en dehors de mon milieu professionnel), et je viens de franchir une étape importante de mon "coming out" partiel.

Un poids s'est libéré, avec la paix intérieure que procure la transparence d'être ce que nous sommes vis-à-vis de persones qui nous sont chères, mais que, justement pour cette même raison, nous craignons de perdre avec l'aveu de notre transidentité.

NDLR : J'avais emmené une photo de Sophya pour la montrer à B. et J.

S_Fauteuil

 

Je suis heureuse aujourd'hui !

Sophya

2. A la marge de mon coming-out : comment une amie fait connaissance de Sophya !

Ayant récemment cessé mon activité professionnelle en région parisienne et rejoint mon épouse dans notre résidence en Charente Maritime, j’avais pourtant décidé que je prendrais le temps de trouver mes marques avant de reprendre le « chemin de Sophya ».

Les évènements en ont voulu autrement.

M, amie d’enfance de mon épouse D., et son amie Da. (avec qui elle vit en couple) sont venues une semaine en villégiature à Royan et nous les avons invitées ce lundi soir à passer la soirée chez nous, en arrivant vers 17h, de façon à étrenner le jeu du « QUIZ classé X » …

Vers 16h, un SMS de M. : « Et si nous faisions une surprise à Da., et que ce soit Sophya qui nous accueille … ».

Voilà une initiative très attirante, mais qui bouscule d'une part mes plans différés dans le temps de « passage à Sophya » et d'autre part notre préparation du dîner, pour lequel j’étais chargée de l’entrée « Noix de Saint-Jacques au fromage de chèvre » (je fourmis la recette, délicieuse, sur simple demande) …

Le temps de demander à M. d’arriver 1 heure plus tard, j’entre en effervescence :

Certes j’ai mis de l’ordre dans la garde-robe de Sophya, qui a trouvé une place reconnue dans le dressing conjugal, après intenses discussions avec mon épouse D., car nos tailles de vêtements sont très différentes, et la crainte de D., maintenant dissipée, est que nos enfants, nos belles-filles surtout, les découvrent incidemment et s’interrogent sur la présence de tailles 38-40 !

Je peux donc rapidement retrouver corsage, jupe, bas, chaussures … et coiffure de Sophya.

… Mais d’autres affaires sont encore « dans les cartons » de mon récent déménagement : sous-vêtements, sac à main et trousse de maquillage.

Sophya prépare la peau de son visage avec une crème, et pendant que celle-ci sèche en pénétrant dans la peau, a le temps de vernir ses ongles de main, puis peut se maquiller : fond de teint, ombre à paupières, extenseur de cils et mascara, eyes liner, rouge à lèvres …

Les automatismes reviennent très vite, et mon affolement était inutile : je montre le « résultat » à mon épouse D., qui me trouve très bien.

Je peux reprendre mon rôle dans la préparation du dîner, il était temps car M. et Da. sonnent à la porte à 17h30, avec ½ heure d’avance sur le « programme » : j’étais montée au 1er étage, et quand mon épouse D. fait entrer nos invitées dans le vestibule, elle appelle : « Sophya, nos invitées sont arrivées !».

Mes talons claquent sur les marches en bois de l’escalier. M. ne m’avait vu qu’une seule fois en Sophya, mais en avait été informée par mon épouse D., et, me regardant descendre l’escalier, M. ne cache pas sur son visage sa satisfaction que les relations entre nos 2 couples franchissent ainsi une nouvelle étape de complicité et de transparence.

D’ailleurs, alors que je me promenais en voiture en Sophya, dans la ville où je résidais en région parisienne et où habitent aussi M. et Da., je m’étais arrêtée à la hauteur de M., qui, marquant un moment de surprise, avait apprécié cette « occasion » inopinée.

Da. esquisse immédiatement un sourire en me voyant descendre l’escalier ! Sans doute M. lui avait glissé quelques bribes qui, maintenant pour Da., prenaient corps (au sens figuré et … au sens propre !).

 

 

S-TenuePastel

Nous nous installons et mon épouse D. tient à resituer le choix actuel de notre couple, qui, même s’il est fait désormais de complicité et d’affection, a demandé bien des conversations entre D. et moi, où l’une et l’autre se justifiaient dans leur propre vision, d’un côté une épouse découvrant après des dizaines d’années de mariage que son « mari » préférait être une « femme », de l’autre un homme poussant dans leurs retranchements ultimes ses envies de féminité.

Puis D. explique comment chacune a accepté de « comprendre » l’autre, et comment nous avons cherché, D. et moi, à construire sur ces nouvelles bases les lignes de force de notre couple actuel.

Le couple lesbien que constitue M. et Da. a rencontré des hésitations semblables, et le partage de nos expériences nous permet d’approfondir encore l’amitié qui nous lie toutes les 4.

La discussion ne peut évidemment éviter la question des relations avec les proches, famille et surtout enfants et petits-enfants, et avec les ami-e-s :

- Faut-il leur « annoncer la couleur » ?

- Le jeu en vaut-il la chandelle, au regard des risques de rupture qu’il peut entraîner ?

- Comment faire comprendre à quelqu’un qui vous aime et vous « vénère » comme un père ou une mère-épouse, et qui découvre à la place d’un père une « femme » ou à la place d’une mère-épouse une femme lesbienne, que ce qui compte c’est d’être soi et de se sentir « bien dans sa peau », même si ce n’est pas la « peau » qu’affirment comme « normale » les valeurs traditionnelles de la société ?

Au fur et à mesure de la soirée, mon prénom masculin perd de son « autorité » : D. surtout, M. et Da. aussi, ont progressivement le réflexe de m’appeler Sophya.

C’est aussi l’occasion pour moi de parler de mes « excursions » dans le monde fetish/SM.

Je peux ainsi leur montrer quelques exemplaires des dessins humoristiques que je crée sur le thème du BDSM, avec lesquels j’ai en projet de monter une exposition « itinérante » dans des lieux et évènements qui y seront adaptés

Les itinéraires de nos 2 couples sont certes différents, mais d’une part M. et Da., qui ont été amenées à approcher les mondes lesbien et libertin, sans y participer, et d’autre part D. et moi, qui avons découvert les mondes fetish/SM et libertin, voire les avons approchés et fréquentés de très près, y avons rencontré les mêmes conformismes et replis communautaires, transformant souvent les lieux et évènements de rencontre de ces mondes en ghettos.

Mais en même temps nous tombons d’accord pour convenir que nous y avons acquis une ouverture d’esprit plus large et appris dans nos aventures respectives à être plus à l’écoute des autres, quelles que soient leurs diférences, sans les juger a priori, et non seulement à accepter ces différences, mais aussi à en faire un enrichissement par la discussion et la confrontation des expériences, y compris les plus « spéciales ».

Après avoir parcouru tous les sujets « classiques » de discussion que font surgir les itinéraires de nos 2 couples, vient le moment de la distraction, et nous ouvrons pour la 1ère fois le jeu du « QUIZ classé X ».

Nous avons plus ri en essayant de comprendre les règles du jeu, que de jouer proprement dit (comment connaître le scénario de centaines de films pornographiques à la seule citation de leurs titres, sauf à apprendre par cœur les réponses des 1000 cartes du jeu ?) : les réponses données par chacune de nous 4, pour savoir à quoi sert tel sex-toy ou que représente telle position sexuelle, sont toutes plus « originales » les unes que les autres, même et surtout si elles ne sont pas la bonne réponse !

Une soirée intense, agréable, marquante et formidable que M., Da. D. et moi ne sommes pas prêtes d’oublier …

"Être différente, ou NE PAS ÊTRE, là est la question !"